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Rebondissement surprise de la natalité juive en Israël

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Dans un climat général de baisse de la fertilité, la récente tendance israélienne fait figure d’exception avec un taux de 3.11 enfants par femme pour l’année 2017.


Atlantico : Comment expliquer ce renversement de tendance ?

Laurent Chalard : Effectivement, parmi les pays développés, où la fécondité est quasiment partout en-dessous du seuil de remplacement des générations de 2,1 enfants par femme, Israël, au PIB par habitant équivalent à la France en 2017 selon le FMI, se distingue par une fécondité élevée, qui a augmenté ces dernières années. Après avoir atteint un point bas de 2,85 enfants par femme en 2005, l’indice de fécondité du pays est remonté à 3,11 enfants par femme en 2017. Cependant, Israël étant un Etat pluriethnique, cette singularité pourrait s’expliquer par des divergences d’évolution selon l’origine, avec des populations arabes moins aisées, se caractérisant par une éventuelle plus forte fécondité qui aurait légèrement progressé ces dix dernières années comme cela s’est constaté en Egypte.
Or, dans les faits, ce n’est pas du tout le cas, la hausse de la fécondité israélienne étant uniquement le produit de l’augmentation de la fécondité dans la population juive, qui est passée de 2,59 enfants par femme en 2001 à 3,16 enfants par femme en 2017, alors que la fécondité des populations arabes, qu’elles soient chrétiennes, druzes ou musulmanes s’est sensiblement réduite sur la même période, passant respectivement de 2,46 à 1,93 enfant par femme, de 3,02 à 2,10 enfants par femme et de 4,71 à 3,37 enfants par femme.

Au premier abord, cette évolution pourrait être la conséquence de l’accentuation de la fécondité de la minorité juive ultra-orthodoxe, les haredim, plus pauvre que le reste de la population, mais, comme le montre les experts israéliens, il n’en est rien, puisque la fécondité des ultra-orthodoxes s’est légèrement réduite (autour de 6,7 enfants par femme en 2015 alors qu’elle dépassait les 7 enfants par femme auparavant), la hausse s’expliquant essentiellement par les juifs pas ou peu religieux. Par exemple, il est notable de constater que les femmes juives issues de l’ex-URSS ont désormais des indices de fécondité proches de 2 enfants par femme alors qu’à leur arrivée en Israël dans les années 1990, il était beaucoup plus bas, sensiblement inférieur au seuil de remplacement des générations.
Les spécialistes semblent avoir du mal à expliquer cette évolution, mais il est probable que la crainte de devenir à terme minoritaire dans l’ancienne Palestine mandataire, alimentée par les médias et les intellectuels juifs israéliens mais aussi par les discours « guerriers » des leaders palestiniens sur cette thématique, ait joué un rôle non négligeable dans le contexte d’une société accordant une place importante à la famille.

Quelles sont les implications d’une telle progression de la population, notamment dans les relations israélo-palestiniennes ? N’est-on pas dans une situation diamétralement opposée -démographiquement parlant - au contexte des accords d’Oslo ?

Laurent Chalard : La démographie constitue un facteur, parmi d’autres, qui peut avoir des impacts géopolitiques non négligeables, a minima dans les représentations que se font les leaders politiques d’un Etat de leur force ou de leur faiblesse dans ce domaine. Par exemple, en 1939, le déclin démographique français par rapport au dynamisme allemand fut l’un des facteurs explicatifs du peu d’empressement de la France de s’engager dans la guerre puis de sa capitulation rapide, les dirigeants ne souhaitant pas que le pays subisse une nouvelle hécatombe.
Concernant Israël, les écarts de dynamique démographique entre juifs et arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire ont aussi joué un rôle non négligeable dans la politique des dirigeants israéliens au cours des trente dernières années. Dans les années 1990, dans un contexte de forte expansion démographique des populations arabes aussi bien en Israël que dans les territoires occupés, les dirigeants israéliens se sentaient obligés de faire des concessions aux palestiniens, ce qui s’est traduit par les accords d’Oslo en 1994.
A cette époque, étant donné la forte probabilité que les juifs deviennent à terme largement minoritaires sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire, la solution de deux Etats, un Etat juif et un Etat arabe semblait la seule solution viable pour les dirigeants israéliens dans l’optique de maintenir le caractère judaïque de leur Etat. Par contre aujourd’hui, le regain de la dynamique démographique des populations juives, alimentée en outre par une immigration continue, alors que la dynamique palestinienne semble s’essouffler, du fait de la poursuite d’une émigration, en particulier des populations les plus diplômées, et d’une fécondité se réduisant (4 enfants par femme voire moins ?) même s’il est difficile de la mesurer précisément du fait de la faible fiabilité des chiffres fournis par l’autorité palestinienne, fait que les dirigeants israéliens se sentent beaucoup plus en position de force et qu’ils perçoivent beaucoup moins la solution de deux Etats comme étant inévitable.

Politiquement parlant, cette croissance démographique ne pourrait-elle pas annoncer un durcissement des positions israéliennes, sur la base d’une réalité démographique ?

Ce durcissement des positions israéliennes se constate déjà depuis un certain nombre d’années. La réduction du décalage de croissance démographique entre populations juive et arabe sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire est perçu par les dirigeants israéliens comme un moyen pour reporter ad vitam aeternam la création d’un Etat palestinien, puisque finalement la perspective que les juifs demeurent majoritaires sur l’ensemble du territoire leur permet d’espérer de pouvoir le garder sous le contrôle unique du gouvernement israélien, qui plus est si la dynamique démographique venait à s’inverser totalement (ce n’est pas encore le cas, en démographie, les projections étant toujours hasardeuses). Cette situation explique aussi pourquoi la colonisation en Cisjordanie se poursuit, malgré les pressions occidentales pour qu’elle cesse. En effet, le fort accroissement démographique de la population juive la conduit à avoir besoin de plus en plus de terres, qu’elle trouve en Cisjordanie. La nouvelle donne démographique dans cette région du monde fait qu’il ne faut guère s’attendre à des concessions importantes des dirigeants israéliens quant à la création d’un Etat palestinien dans un futur proche.

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.


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