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Par Stéphane Juffa

pour http://www.menapress.org/

Un otage affaibli

A 15 heures, Guilad Shalit a subi un examen médical approfondi au dispensaire de la base de l’armée de l’air israélienne de Tel Nof. A 15h30, le caporal israélien, devenu sergent durant sa captivité, a été transporté avec sa famille par hélicoptère à leur domicile, à Mitzpé Hila, dans la zone occidentale de Haute-Galilée, à une quarantaine de minutes en voiture de notre rédaction.

Une foule compacte, qui rappelait l’arrivée en côte d’une étape du Tour de France, attendait celui qui, ce matin, était encore l’otage du Hamas à Gaza. Shalit n’a pas bonne mine, c’est le moins que l’on puisse en dire ; sa pâleur tend vers la transparence, et il est presque aussi épais qu’une tranche de saucisson dans un sandwich SNCF. De plus, il marche avec difficulté, preuve que, pendant les cinq ans durant lesquels il a été détenu par le Hamas, il n’a pas non plus eu droit à une promenade quotidienne.

D’ailleurs, dans une interview télévisée révoltante, qui lui a été imposée par la télévision égyptienne, à peine eut-il posé le pied en dehors de la Bande de Gaza, il a avoué n’avoir presque pas vu d’êtres humains au cours de sa captivité.

On comprendra dès lors que le sergent ait été victime d’un malaise, lors de son premier vol de la journée, depuis le point de passage de Kerem Shalom, aux confins de la Bande et de l’Egypte, vers Tel Nof.Pour ne rien arranger, des médecins en relation avec la Ména ont déterminé qu’il avait visiblement un problème fonctionnel à la main gauche. Probablement les séquelles d’une blessure mal soignée, infligée par ses ravisseurs lors de son kidnapping.

Les médecins l’ont toutefois jugé dans une forme suffisante pour l’autoriser à poursuivre son voyage vers Mitzpé Hila, où il se trouve désormais.

Une récompense méritée, un peu pour les milliers d’amis qui l’attendaient fiévreusement à proximité de sa maison, dans ce village accroché aux sommets de la montagne galiléenne. Beaucoup pour Guilad, pour qu’il puisse admirer le panorama à couper le souffle, que l’on observe depuis sa terrasse, sur toute la côte méditerranéenne, de la frontière libanaise à Haïfa, en passant par Saint Jean d’Acre.

Pour son lit, dans lequel il a dormi pour la dernière fois lorsqu’il avait vingt ans et qu’il ne pensait pas ne pas revoir pendant une demi-décennie. Ca va lui faire tout chose, à Guilad Shalit, lorsqu’il se réveillera, au milieu de la nuit, et que ses yeux se poseront sur les lumières du golfe de Haïfa, et non plus sur quatre murs de béton et des geôliers barbus.

Y croira-t-il ? Croira-t-il qu’il a vraiment été libéré ou se croira-t-il une fois de plus dupé par Morphée, avant de se réveiller en enfer ? Ca va lui arriver souvent ; il a acquis sa liberté physique mais qui sait si son âme trouvera la sienne ?

Et quelle journée ! Lui qui n’avait vu personne, ou presque, pendant des années, se voir entouré de la sorte, à chaque pas, par une foule de gens qui l’étouffent et qui le touchent.

L’Egypte impose une interview à Shalit à peine libéré

A commencer par cette fameuse interview, sur le coup des 11 heures. Il avait été conduit à la frontière entre Gaza et l’Egypte, à Rafah, par Ahmad Jaabari, dans son véhicule privé. Ahmad Jaabari, le chef sanguinaire de la milice du Hamas, qui pouvait, pour la première fois depuis très longtemps, parcourir sans précautions les trente kilomètres de la voie Saladin, qui traverse la Bande du Nord au Sud. S’il n’avait pas été accompagné par son jeune hôte, les Israéliens auraient eu tôt fait de l’envoyer au pays des 72 vierges consentantes.

Shalit n’eut guère le temps de profiter de sa semi-liberté, propulsé qu’il fût dans un studio de la TV nationale égyptienne. La journaliste qui l’y attendait poursuivait un objectif unique : celui d’amener l’ex-otage à complimenter le gouvernement égyptien.

Ce fût une véritable torture. Elle s’adressa d’abord à lui en arabe mais il lui répondit qu’il était israélien et qu’il lui répondrait en hébreu. Shalit chancelait sur son siège, ne croyant pas à ce traitement surprise qu’on lui infligeait ; et la consœur, passant de l’arabe à l’anglais, de poser au jeune homme groggy des questions sur son avenir, des questions stratégiques et touchant à la philosophie.

Guilad secouait la tête, incrédule, se penchait vers une espèce de traducteur hébreu et répondait sans conviction. Sauf lorsque la journaliste lui demanda s’il comptait œuvrer pour la libération des prisonniers palestiniens restés en Israël : le sergent fraîchement libéré eut l’extraordinaire présence d’esprit de rétorquer : “Certes, j’aimerais qu’ils soient tous libérés mais qu’ils s’abstiennent de retourner attaquer Israël”.

A un certain point de l’entrevue-supplice, des gens présents sur le plateau se mirent à invectiver la journaliste en arabe, lui faisant comprendre qu’elle avait, et depuis longtemps, dépassé toutes les bornes de la décence.

Tout Israël se réjouit, agglutiné devant ses postes de télévision. Lorsque le porte-parole de l’armée annonça que l’ex-otage était revenu en Israël, les gens poussèrent un ouf de soulagement. Beaucoup n’y croyaient plus.

A la base aérienne de Tel Nof, les autorités respectèrent l’intimité du jeune soldat, qui avait auparavant revêtu son uniforme de tankiste et salué Benyamin Netanyahou, ainsi que le chef de l’état-major. Ils le laissèrent ensuite, dans un bâtiment à l’écart, loin des caméras et des journalistes, retrouver sa famille.

Gouvernement sobre et résolu

Simultanément, sur une scène installée dans la base militaire, Netanyahou, Ehud Barak, le ministre de la Défense, et le chef d’état-major, Benny Gantz, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, s’adressèrent à la presse.

Le Premier ministre était visiblement ému, ce qui n’est pas ordinaire pour lui. De son discours nous avons retenu deux éléments clés. Le premier, lorsqu’il a exprimé qu’il existait une différence fondamentale entre les Israéliens et leurs ennemis : “Nous ne sommes pas en train de porter sur nos épaules des assassins de civils aux mains recouvertes de sang”, a-t-il dit en substance.

Et c’est bien là toute la différence, Guilad Shalit n’a jamais tué personne, et il a été kidnappé alors qu’il participait à une patrouille de routine sur le territoire de son pays. Le contraste ne s’arrête donc pas au taux de change, ahurissant il est vrai, de un contre 1027. Les 1027 individus, encore, ont tous participé à des assassinats. On ne parle donc pas d’êtres humains appartenant à la même catégorie.

Et puis, le Premier ministre hébreu a lancé une menace très précise. Une menace adressée aux terroristes jugés et condamnés par une justice sereine, et défendus par les avocats de leur choix. Ces individus, qui ont chacun signé un engagement personnel de cesser toute activité violente ou terroriste à l’encontre de l’Etat d’Israël.

M. Netanyahou leur a signifié que s’ils ne respectaient pas leur parole, ainsi que les conditions de liberté restreinte qui leur sont imposées par l’accord passé avec le Hamas, les Israéliens les anéantiraient sans état d’âme.

A ce propos, Sami El Soudi nous a communiqué, tôt dans la matinée, une information, qu’il propose lui-même de traiter au conditionnel, mais qu’il a néanmoins obtenue de hauts responsables de l’Autorité Palestinienne. Selon cette information, Jérusalem et Ramallah se seraient mises d’accord sur le fait que si un seul des cinquante-cinq détenus du Hamas libérés en Cisjordanie retournait à des activités terroristes, l’AP et Israël conjugueraient leurs efforts afin de les appréhender à nouveau et de les renvoyer en prison, pour qu’ils y purgent le restant de leur peine.

Des personnes qui désirent la paix ne se comportent pas ainsi

Autre différence qui nous est signalée par notre camarade palestinien : tandis qu’en Israël, les gens brandissent pacifiquement des drapeaux, et qu’aucun message de haine quel qu’il soit n’a été entendu, les foules palestiniennes, que ce soit à Gaza ou en Cisjordanie, se sont comportées d’une manière fort divergente.

Des centaines de milliers de manifestants ont en effet accueilli les autobus de prisonniers libérés en hurlant des slogans du genre “A mort les Juifs !”, “A mort Israël !”, “Continuons la lutte armée !”, et, “Le peuple exige de nouveaux Shalit !” (le peuple exige de nouvelles prises d’otages).

A Gaza-city, sur la Grand-Place sur laquelle se sont réunis près de 200 000 Palestiniens, les chefs du califat procèdent, ce soir, à la présentation de chacun des “surhommes” libérés. Je viens de voir, à la télévision palestinienne, l’un des libérés, présenté de la manière suivante : “Ce chauffeur a écrasé des sionistes sous les roues de son camion, et ce soir, ce héros se trouve ici, parmi nous !”. Cette présentation a été saluée par un tonnerre d’applaudissements par la foule en délire. Je doute qu’elle soit diffusée sur les chaînes TV de l’Hexagone !

L’ambiance était très différente à Gaza  et sur l’esplanade de la Moukata, à Ramallah. A Gaza, on fêtait une victoire, dans l’allégresse et les accolades. A Ramallah, Mahmoud Abbas accueillait les condamnés libérés avec sérieux, et sans démonstration de joie exubérante.

Dans son allocution, Abou Mazen a tout de même choqué les Israéliens, parlant des héros de la Palestine encore emprisonnés, dont il a cité les noms et exigé la libération. Difficile d’être crédible et de prétendre aspirer à la paix avec votre voisin, tandis que vous faites l’éloge d’archi-assassins, dont le seul fait d’arme, consiste à avoir occis des civils de l’autre camp.

La presse française sur sa lancée

Encore que cette tentative, de la part du chef de l’Autorité Palestinienne, de normaliser les crimes commis par les condamnés palestiniens en Israël n’est pas son apanage ni celui des Arabes.

Dans la presse française, on a découvert la même tendance avec une certaine affliction. Comme dans Le Monde, vendredi dernier, dans un article signé Soren Seelow, trompeusement intitulé “Qui sont les Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes ?”.

Dans l’article, pourtant, aucune mention desdits prisonniers, des crimes qu’ils avaient commis, et des peines pour lesquelles ils avaient été condamnés.

Uniquement des informations statistiques, sur leur nombre et sur le fait qu’ils manquaient à leurs familles. L’article en question précise que 272 prisonniers palestiniens se trouvaient en détention administrative et que 176 étaient mineurs.

L’article précise encore que Marouan Barghouti ne fait pas partie des détenus libérés contre Guilad Shalit, mais se borne à décrire qu’il fût l’un des dirigeants de la seconde Intifada, condamné à cinq peines de perpétuité. Le Monde précise également qu’Ahmad Saadat, le secrétaire général du FPLP, ne sera pas non plus libéré.

Le Monde omet de préciser, en revanche, que Saadat a été jugé coupable par un tribunal israélien, pour avoir été à la tête d’une organisation terroriste illégale, ainsi que pour sa responsabilité pour les crimes commis par cette organisation, et, particulièrement, pour l’assassinat du ministre Rekhavam Zéévi.

Quant à Marouan Barghouti, comme  Le Monde ne le dit pas non plus, il fut condamné, le 20 mai 2004, pour cinq assassinats, dont celui du marché aux poissons de Tel-Aviv, dans lequel trois civils furent tués.

Le tribunal a également retenu contre Barghouti son rôle dans l’organisation d’un attentat-suicide, déjoué par la sécurité israélienne. C’est pour ces crimes, que Barghouti a été condamné à cinq peines de prison à perpétuité.

Contrairement à ce que l’article du Monde engage à penser, ni Barghouti, ni Saadat ne sont des prisonniers politiques, à l’instar des 1027 individus en train d’être échangés contre le sergent Shalit.

L’assouplissement du Hamas est dû à la situation en Syrie

Des années durant, les négociations ont achoppé sur les trois points suivants : le refus par Jérusalem de libérer les dix terroristes les plus dangereux qu’elle détenait ; son refus de libérer plus de 271 prisonniers ayant commis des assassinats, et son refus de relâcher certains prisonniers en Cisjordanie ou en Israël.
C’est l’éclatement de la guerre civile en Syrie, où s’était installé le commandement politique du Hamas, qui a encouragé son meneur principal, Khaled Mashal, à cesser d’insister sur ces trois conditions.

Le Hamas a assoupli sa position au vu de la perte d’influence du régime des Al Assad dans la négociation proche-orientale, ainsi que du risque de devoir “déménager” de Damas, et de se retrouver dans une capitale, depuis laquelle l’organisation terroriste islamiste n’aurait pas disposé des coudées franches nécessaires afin de parachever sa négociation avec le gouvernement hébreu.

Deux mondes dissemblables

On peut donc résumer cette journée d’échange en soulignant le contraste extraordinaire qui différencie la joie en Israël, de celle des Palestiniens. Tout est différent, de la couleur des drapeaux dont s’orne la foule, noir rouge, vert et blanc, et vert pour les islamistes palestiniens, et bleu et blanc chez les Israéliens.

Des cris rageurs appelant au meurtre et à l’éradication des Juifs, côté palestinien, à la retenue et à la dignité côté israélien. Des conditions de détention, en accord avec les conventions internationales, pour les milliers de terroristes palestiniens, aux conditions dans lesquelles Guilad Shalit a été reclus.

Du soldat israélien, qui n’a bénéficié d’aucune visite de la croix rouge ou d’un émissaire étranger en cinq ans, d’aucune lettre de sa famille, aux terroristes palestiniens, qui regardent la télévision dans leur cellule, et peuvent entreprendre ou poursuivre des études universitaires en prison.
Le résultat était visible ce matin : d’une part un détenu émacié, tenant à peine debout, et de l’autre, des individus en pleine forme, prêts à disputer un match de football.

On peut légitimement attribuer ces divergences fondamentales aux dissemblances de civilisation existant des deux côtés de la ligne verte. Car de la façon dont une communauté entretient ses prisonniers, il est possible de déduire comment elle se comporte envers ses administrés et ses voisins. La paix passe aussi par derrière les barreaux.

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