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Le boycott du fromage : une arme redoutable

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Avec une situation économique internationale au bord du chaos, des catastrophes naturelles en série, et un climat apocalyptique palpable, les israéliens ont planté cet été, des tentes au cœur de Tel-Aviv pour exprimer à leur façon, le ras-le-bol général d’une inflation devenue incontrôlable. Cette conjoncture inédite dans le pays jusqu’alors, a lieu à un moment critique de l’avenir géopolitique de cette partie du globe et dans un contexte inadapté pour l’heure, puisque dans quelques jours, une majorité d’états s’apprête à reconnaître un état palestinien qui, même s’il n’est pas clairement défini, risque de compromettre encore un peu plus, l’avenir d’Israël.

Le mécontentement israélien a certes ses raisons d’être et la flambée des prix des trois dernières années n’a été que trop minimisée par le gouvernement de Netanyahu ; la politique de défense ayant supplanté toutes les autres et pour cause… Les israéliens ont eu raison de descendre dans la rue et d’afficher leur indignation mais en revanche, ce n’est pas en rejoignant les rangs du boycott des produits israéliens qu’ils résoudront le problème des augmentations successives relevées dans toutes les sphères de la consommation. A en croire les derniers posts circulant sur les réseaux sociaux, c’est aux militants de l’extrême gauche israélienne que le pain béni de la colère a été servi en collation, pour être remâché vicieusement à quelques israéliens submergés par un trop plein de revendications.

A l’issue de cette vague de contestations, des mouvements radicalement opposés au gouvernement, suivis par les intellectuels notoires hostiles à Israël, ont récupéré les griefs sociaux pour agrémenter une soupe d’arguments puants, servie aux organisations affamées d’antisionisme, (arrosant copieusement au passage les médias européens), d’un mélange rhétorique où les mots « apartheid », « colonisation », ou « droit au retour » sont utilisés à des fins de délégitimation de l’état hébreu. En empruntant cette ligne de conduite et en détournant le véritable motif de l’agitation sociale, les esprits les moins éclairés de la protestation, convaincus d’agir efficacement en boycottant les produits issus des entreprises israéliennes, risquent fort de se réveiller avec une gueule de bois dont les effets pourraient être irréversibles.

A en juger par les actes, le boycott contre Israël n’est pas sans conséquences au niveau mondial car s’il n’a pas de répercussions économiques directes, il a néanmoins pour vocation maladroitement dissimulée, d’inciter à l’antisémitisme et réveiller ainsi le gêne anti-juif européen sporadiquement assoupi. Alors boycotter les produits israéliens, comme le fromage, sur son propre territoire est certainement efficace à court terme pour faire chuter les prix mais cette pratique récupérée médiatiquement hors des frontières, porte atteinte à l’enjeu réel initialement entrepris par les gentils boycotteurs israéliens. Là est tout le danger et le boycott devient alors une arme qui peut se retourner à tout moment contre les brebis égarés du champ israélien pour donner plus de voie à la cause palestinienne. Ainsi, on peut lire sur le web que si certains israéliens rejoignent d’eux-mêmes la campagne de boycott contre Israël, telle qu’elle est connue à travers le monde (BDS), c’est donc que le peuple juif se désolidarise de son pays, de son gouvernement et de sa politique d’auto-défense, pour reconnaître la légitimité des palestiniens dans leurs actes et c’est souvent par là que la désinformation commence. Mais s’il est question d’un état palestinien, il a toujours été plus ou moins clair que celui-ci doit exister en dehors d’Israël, alors malgré ce discours entériné par les nations oeuvrant à la résolution du conflit, il n’est pas entendu ainsi dans la tête du peuple palestinien. Pour eux, qui dit création de l’état palestinien, dit récupération des territoires, soit Israël dans sa globalité. Cette ambiguïté jamais vraiment levée par Abbas et encore moins par le Hamas, fait toute la différence sur les évènements à venir après la date butoir du 20 septembre. Israël se met à craindre une invasion « légitimée » et l’information restituée verticalement par l’ONU risque de mettre le feu aux poudres.

Pour d’autres, l’effet papillon du boycott apporte parfois de bonnes nouvelles aux militants de la propagande anti-israélienne en France. Ainsi, la société Agrexco, exportateur de produits agricoles (Jaffa, Carmel), dont un des entrepôts est basé à Sète en France, est en passe de déposer le bilan. Mais que les militants anti-israéliens ne se réjouissent pas pour autant car la dite société, cible de leur propagande outrancière depuis des années, va fermer ses portes pour des causes financières liées aux capitaux et investisseurs, non grâce aux effets de leurs actions grossièrement antisémites et obsessionnelles. Malgré tout, cette décision est accueillie comme une victoire par les antisionistes et attise déjà d’autres actions encore plus virulentes, malgré le support inconditionnel du BNVCA et des organisations qui usent de la loi* contre le boycott, devant être cela dit plus souvent appliquée en France. Le boycott reste un acte pourri confinant à l’isolement et à une mise à l’index abusive difficilement rétractable.

En dehors des revendications économiques et sociales réelles en Israël, les motifs pour descendre dans la rue et manifester demeurent néanmoins très nombreux, et si les israéliens, épicuriens dans l’âme et adeptes du « carpe diem », portaient un peu plus loin leur regard sur des échéances cruciales arrivant bientôt à terme, ils auraient pu faire entendre leurs voix cet été contre la persistance des roquettes à s’abattre sur leurs terres, la tentative régulière des flotilles à vouloir provoquer leur armée, la campagne de boycott largement récupérée en Europe, mais aussi l’antisémitisme grimpant en Turquie, les manœuvres syriennes au Golan, les condamnations incessantes de l’ONU, Gilad Shalit encore et toujours, et peut-être même envisager des sanctions économiques sur Gaza pour exiger sa libération…. Bref, par les temps qui courent, les envies de protester ne manquent pas en Israël.
Alors, reste aux israéliens à savoir où sont les priorités et sans pour autant mettre de côté les motifs de leurs regroupements ces dernières semaines, l’heure de la rentrée a sonné pour se remettre au niveau du combat collectif qui a toujours profité à la population pour faire face aux ennemis de la nation. Pour preuves du passé, ce n’est qu’avec un peuple soudé et porté par sa richesse économique, identitaire et avant tout sécuritaire, qu’Israël peut affronter les assauts quotidiens, physiquement et médiatiquement, et confirmer jour après jour, sa viabilité et le bien-fondé de sa légitimité à exister en tant que terre du peuple juif. A aucun moment, cet objectif ne doit être écarté du viseur et le moment inéluctable viendra assez tôt pour le gouvernement de remettre à plat une politique sociale et économique interne qu’il ne peut plus ignorer désormais.

* Le boycott est illégal. Il constitue un délit prévu et réprimé par le Code Pénal, notamment par l’article 24 alinéa 8 de la loi du 29 juillet 1881 : « Ceux qui (…) auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 45 000 € ou de l’une de ces deux peines seulement (…) ».

L’exemple israélien

En période de crise économique, beaucoup d’analystes se sont penchés sur le cas unique qu’est Israël et de son étonnante résistance, à l’inverse de la Grèce, du Portugal ou de l’Irlande, voire même de la quasi-totalité des pays européens. Il semble que la partie émergée de l’iceberg a eu raison de l’insubmersible UE et plonge les populations du vieux continent dans une obscurité telle, que seul le bouc-émissaire israélien reste visible pour justifier le chaos financier généralisé, comme c’est souvent le cas quand le monde bascule. Ceci est la thèse donnée par les esprits les plus exposés aux frustrations de tous genres qui s’identifient au thème très connu du « c’est pas notre faute, c’est la faute à… ». Ces commentaires trouvaient ici ou là font remonter à la surface des propos propagandistes où on parle plus facilement de « lobby sioniste » que de « juifs responsables de tous les maux de la terre », ce qui revient toujours à dire la même chose.
Alors, que les israéliens soient fiers de se sortir quasiment indemnes de ce bourbier financier international. Avec une note récemment relevée à A+ par l’agence de notation Standard & Poor’s, une entrée largement saluée l’an dernier dans le cercle très fermé de l’OCDE, un taux de chômage de 5.5 %, chiffre jamais atteint depuis 28 ans, une croissance économique jalousée fin 2010 avec 7.8 %, le tout encensé par le FMI, Israël a réussi à garder tous ses voyants au vert et à traverser les turbulences économiques et sécuritaires, malgré la critique et un acharnement médiatique insupportable. Certes, on peut toujours mieux faire et malgré les contestations, le gouvernement s’emploie à maintenir le pays dans un contexte économique viable, comparativement à d’autres endroits de la planète. Le système fiscal reste un maillon important à réformer, notamment celui qui touche les grandes fortunes du pays (une dizaine) qui en situation de monopole contrôlent la quasi-totalité des secteurs agro-alimentaires, télécoms, banques et assurances et ne sont soumises à aucun impôt sur la fortune.

Pendant ce temps là en Europe…

Alors qu’en Europe, on continue à taguer du mot « juif », commerces, lieux de culte, cimetières et que pour exemple, l’orchestre philarmonique d’Israël a été arrêté en pleine prestation au Royal Albert Hall à Londres, par une poignée de pro-palestiniens, les gouvernements sont bien trop occupés à parler dettes, élections, scandales financiers ou sexuels, pour réaliser vraiment qu’une nouvelle forme de judéophobie est de retour, aussi bien dans leurs quartiers que sur un web encore incontrôlable. Encore une fois, une prise de conscience bien trop tardive peut plonger d’un jour à l’autre les européens dans une chasse aux sorcières qui, même si elle a déjà commencé, se propage aujourd’hui encore plus vite, aidée par la vitesse à laquelle les sites web malveillants s’emparent de l’info pour la détourner. A chaque acte terroriste perpétré sur le sol israélien, les médias français semblent se désintéresser du conflit, pour y revenir dès qu’Israël agit en état de légitime défense et annoncer qu’un palestinien a été blessé…
Cette année, peu de grandes chaines d’infos en France ont relayé le
meurtre d’une famille d’israéliens à Itamar en mars dernier ou encore l’attentat à l’arme blanche d’un palestinien sur des israéliens devant la porte d’une discothèque de Tel-Aviv fin août.

La rentrée des classes

L’été israélien portera surement ses fruits à l’annonce prochaine d’une première série de mesures prises par le gouvernement pour libérer les campeurs de leurs abris de fortune. D’ici là, c’est en prenant leur mal en patience que les israéliens doivent faire face à un enjeu d’une envergure identitaire majeure, puisque coincés entre le printemps arabe chez leurs voisins les plus proches et l’automne palestinien perçu comme inévitable. Ils vont devoir mettre de côté provisoirement la lutte des classes pour s’unir, se réunir en ces périodes de fêtes et défendre ce qui est leur raison d’être plus que jamais : la terre d’Israël.

©Langeluce - 2011

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